L’AFRIQUE ET LE CLIMAT

Depuis plusieurs années, les questions liées au « réchauffement climatique » dominent les débats. De nombreux spécialistes et personnalités s’impliquent afin de réduire l’impact désastreux de l’homme sur l’écologie.

Du sommet de la Terre en 1972 à la COP 21 de Paris en 2015, plusieurs rencontres ont été organisées, il y a eu de nombreuses avancées, car la protection de l'environnement s’est progressivement imposée comme étant un sujet de préoccupation majeure.

En 2007, les experts du GIEC et l’ancien vice-président américain Al Gore, ont reçu le prix Nobel de la paix, pour récompenser leurs efforts en faveur de la protection de la terre.

 

Dans ces débats, l’Afrique est souvent évoquée et la nécessité de lui venir en aide est de plus en plus souhaitée. Selon les experts, l’Afrique subit la pollution massive des pays industrialisés.

Une pollution instantanée et dévastatrice

Contrairement à ce qui est souvent évoqué, l’Afrique a une part de responsabilité dans la pollution, bien évidemment, lorsqu’on évoque le réchauffement climatique, la pollution africaine parait très « petite », mais lorsqu’on se penche sur la vie quotidienne des populations africaines, l’on constate une pollution dévastatrice.

La production céréalière a chuté de plus de 80% dans certains pays africains, l’agriculture urbaine a pratiquement disparu dans de nombreuses villes, la prolifération des déchets et la pollution des eaux et des sols ont atteint un niveau alarmant dans de nombreuses régions africaines.

L’absence d’une politique contre les déchets plastiques, le manque d’alternative au charbon de bois et l’absence d’organisation de certaines activités comme la teinture sont des facteurs aggravants pour l’écologie, car ils favorisent l’avancée du désert.

Des études empiriques ont montré l’existence de mauvaises habitudes liées entre autres à l’absence d’infrastructures de prise en charge des déchets. Dans de nombreux pays africains, la population s’est habituée à déverser des quantités importantes de déchets dans les caniveaux lors de fortes pluies.

La mauvaise gestion des déchets hospitaliers expose de nombreux citoyens aux maladies et infections, d’ailleurs chaque année, de nombreux africains meurent de maladies directement ou indirectement liées aux déchets de tous genres.

Pour un renforcement des Responsabilités Communes Différenciées et Capacités Respectives

En évitant de reconnaître sa responsabilité dans la destruction de l’environnement, l’Afrique s’interdit d’énormes possibilités de développement. La Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques reconnait trois grands principes :

Le principe de précaution, le principe de responsabilités communes mais différenciées et le principe du droit au développement.

L’Afrique doit se situer dans une logique en cohérence avec ses réalités, en reconnaissant sa responsabilité dans la destruction de l’environnement, des solutions alternatives pourront être envisagés et l’enclenchement d’une transition écologique serait source de création d’emploi et de croissance économique.

Par ailleurs, en se retrouvant dans des groupes de pression tels que LMDC (Like-Minded Developing Countries)[1] composé de pays pétroliers tels que l’Arabie Saoudite, ou des pays « usine du monde » comme la chine, certains pays africains comme le Mali se privent d’une démarche pragmatique lors des négociations. Cette posture est en réalité liée à la politique étrangère de ces pays, qui estime sans doute, qu’il est plus avantageux pour eux de bénéficier d'aides directes, que d’enclencher un véritable processus de transformation. Il s’agit là d’une vision catastrophique qui donne la priorité à l’aléatoire au détriment du durable…

Les actions de coopérations décentralisées : une opportunité pour l’Afrique

Il existe de nombreuses actions de coopérations décentralisées, la France à travers sa politique du 1% eau et déchets est très mobilisée sur ce sujet.

Les collectivités territoriales, les fondations et les syndicats financent chaque année de nombreux projets en Afrique. Ces projets souffrent d’un manque de durabilité également. Cette situation est le résultat d'une conjonction de facteurs, ayant pour principales causes, l’absence d’études préalables.

A cela s'ajoute dans certains cas, l’absence de convictions de la part des autorités locales. Par ailleurs, la mutualisation des efforts est également un défi important à relever, tout comme le renforcement des capacités. Pour une meilleure durabilité des projets, les Etats africains et leurs partenaires doivent sortir de la symbolique pour viser l’efficacité, car nombreux sont les projets qui, en dehors de leur rôle symbolique, ne permettent pas l’émergence d’activités économiques locales, pourtant préoccupation majeure des populations locales.

A ce jour, peu d’exemples de projets durables sont cités. La coopération décentralisée doit évoluer et exiger un accompagnement de structures techniques privées locales aux côtés des associations et ONG. De nombreux pays sont situés en zone rouge, les partenaires ne peuvent pas toujours d'y rendre, d'où une nécessité de trouver des interfaces crédibles. Les pouvoir publics africains ont tout intérêt à soutenir les actions en faveur de l'écologie, car elle-ci à un lien direct avec de nombreuses activités pratiquées par les populations locales.

L’écologie : Avenir de l’Afrique !

En valorisant l’écologie, l’Afrique pourrait prétendre à une croissance économique importante, car de nombreuses régions pourraient ainsi devenir de véritables greniers.

Le continent bénéficie d’un savoir-faire naturel au sujet des métiers de la terre, l’écologie permettra de développer la ruralité, de nombreuses personnes sortiraient ainsi du chômage et les tensions autour de l’exploitation des ressources du sous-sol, se réduiront.

Au Mali, près de 46 millions d’hectares sont concernés par les activités rurales, le pourcentage de la population directement concernée par ces activités atteint près de 80%.

De nombreux pays africains, à l’image de l’Algérie, ou du Nigéria qui avant la découverte du pétrole et du gaz, étaient des puissances agricoles exportatrices, sont progressivement devenus des importateurs des denrées alimentaires.

Par ailleurs, l’une des causes de la crise dans le nord du Mali est liée à la vague de sécheresse que le pays a connu dans les années 70, cela à modifié les équilibres et poussé de nombreux jeunes nomades vers les pays du Maghreb. Dans la partie sahélienne du pays, de nombreuses tensions subsistent autour des points d’eau et autour de la transhumance.

Toutes ces tensions pourraient progressivement s’arrêter grâce en autres à une politique harmonieuse de développement basée sur le respect de l’environnement. Dans de nombreux village du Mali, paysans, éleveurs et pêcheurs étaient occupés toute l’année et pouvaient vivre de leurs activités, ainsi d’avril à mi-juin, c’était la phase préparatoire des travaux champêtres, de mi-juin à mi-septembre c’était la période des pluies et des labours, de mi-septembre à mi-décembre, c’était la récolte, et après cette période, c’était le jardinage et la chasse jusqu'au mois de mars.

Toute cette organisation respectait des logiques culturelles importantes et contribuait à la stabilité à travers les activités économiques et le renforcement des liens sociaux.

Avec la pollution des eaux et des sols, le décalage progressif de la saison des pluies et de la raréfaction des ressources animales et végétales, c’est toute une culture qui est remise en cause à certains endroits. Il n’est plus rare de voir dans le Sahel et le Sahara des personnes payer pour l’eau, posture pourtant interdite dans les sociétés qui peuplement ses zones, toute actvité mercantiliste y est interdite par leur culture, soigner la soif d’une personne étrangère était un principe fondamentale.

Contrairement aux autres continent, l’Afrique peut initier un nouveau type de développement en construisant un parfait équilibre entre les activités industrielles et la protection de l’environnement. La phase embryonnaire du secteur industriel africain permet de réfléchir sur la réalisation d'industries peu polluantes.

Par ailleurs, le développement des nouvelles technologies constitue une importante opportunité pour le continent africain qui peut non seulement réfléchir sur des technologies en lien avec ses besoins environnementaux et ainsi les mettre progressivement en œuvre sur un continent qui comptera à l’horizon 2050 près de 2.4 milliards d’habitants

[1] Pays partageant la même vision du développement

Boubacar TRAORÉ
Consultant Senior / Conseiller Stratégique
Directeur Groupe Afriglob Conseil