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Madame, Monsieur,

Je vous souhaite la bienvenue sur cet espace d'échange et d'analyse.

 

 

 

 

M. TRAORÉ Boubacar, Directeur d'Afriglob Conseil

 

 

AU MALI, LES ÉLUS : LE CHAÎNON MANQUANT A LA RÉSOLUTION DE LA CRISE

Souvent en Afrique, c’est l’échec du Président et de son gouvernement qui est pointé du doigt, tandis que dans le même temps, la responsabilité des élus locaux et nationaux, est ignorée, en l’absence de résultats.

Au Mali ce sont plus de 10 500 conseillers municipaux et 147 députés qui sont les acteurs décisifs de la vie, ils sont également chargés de porter des projets de développement, dans les différentes circonscriptions.

Au sein de l’assemblée nationale malienne, douze commissions sont chargées de rendre possible un meilleur contrôle des actions du gouvernement et de réfléchir sur les propositions de lois.

Malgré toutes ces dispositions, force est de constater qu’il n’existe quasiment aucun projet de développement structuré sur le terrain, porté par ces élus nationaux et locaux.

Au sein des commissions, les débats sont limités et peu productifs, ainsi il fut constaté que lors de la crise de 2012, l’audition par la commission défense et sécurité, du Ministre de la défense de l’époque, n’avait duré que 25 minutes !

L’origine du dysfonctionnement

Lors des élections municipales et législatives, ce sont l’occasion d’activer de véritables groupes d’intérêts partisans. Les projets sont peu nombreux, d’ailleurs, ils souvent rappelé que rédiger un programme ne sert à rien.

Une fois élus, ils se consacrent prioritairement à leur réélection en privilégiant l’enrichissement personnel. Le développement de la circonscription pouvant pourtant apporter de la crédibilité et un succès futur, est défavorisé face à la construction de puissants réseaux parfois compromettants.

La méconnaissance du rôle du maire et du député et des projets de développement

La majorité des maires et des députés du pays, ignorent tout du travail municipal et parlementaire, leurs actions se limitent au parti et à son chef. La population compte peu ou pas. Aucun de ces élus ne peut donner des chiffres exacts sur sa commune, ni présenter une base de données fiable.

Malgré l’élection à ces postes de personnes souvent jeunes et ouvertes sur le monde, l’image et le dynamisme des communes peinent à évoluer positivement.

Avec les dispositifs à l’international, les maires et les députés, n’ont pas besoin d’attendre les aides de l’Etat, ils peuvent décrocher des financements étrangers, valoriser les jumelages et surtout, ils peuvent s’appuyer sur une diaspora malienne dynamique.

En lieu et place d’un tel engagement, c’est le Chef d’Etat qui constitue un bouc émissaire pour ses opposants et un messie pour ses partisans.

Par ces faits, au Mali, des zones aux potentialités agro-pastorales importantes, se retrouvent totalement abandonnées et dévalorisées. Les rivalités entre les élus et les représentants de l’Etat compliquent la situation, et s’ils s’entendent c’est souvent pour spolier les populations. Difficile de donc de trouver un juste équilibre productif.

Les populations voient en ces représentants, des prédateurs, la confiance est rompue depuis plusieurs années, ce sentiment n’est pas étranger à la crise qui sévit dans le centre du pays.

En jouant parfaitement leur rôle, ces élus auraient pu d’une part, initier des projets de développent exemplaires et d’autre part ils auraient pu porter des initiatives de paix en direction des populations. En l’absence de ces possibilités, ils créent un vide, qui est rapidement comblé par les insurgés.

L’incapacité de porter de véritables projets de développement par le maillage des élus, est un puissant carburant qui ne cesse d’alimenter la crise.

 

Boubacar TRAORÉ
Consultant Senior / Conseiller Stratégique
Directeur Groupe Afriglob Conseil