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Madame, Monsieur,

Je vous souhaite la bienvenue sur cet espace d'échange et d'analyse.

 

 

 

 

M. TRAORÉ Boubacar, Directeur d'Afriglob Conseil

 

 

MALI : L’URGENCE DEMEURE LE RETABLISSEMENT DE LA CONFIANCE

Dans la nuit du 23 au 24 novembre 2018, le chef terroriste de la Katiba du Macina, Hamadoun Kouffa aurait été tué suite à une opération franco-malienne.

Si sa mort est confirmée, ce serait, un sévère coup porté au Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM) dans sa globalité et particulièrement à sa Katiba du Macina au sein de laquelle Kouffa avait réussi à imposer une certaine légitimité.

Le défi gouvernemental

Malgré l’annonce de ce qui pourrait être considérée comme étant une bonne nouvelle, il n’y a pas eu de liesse populaire, encore moins, l’expression d’un soulagement de la part des autorités traditionnelles locales.

En réalité, le sentiment majoritaire est que cette mort ne changera rien tant que les préoccupations socio-économiques ne seront pas prises en compte par les autorités.

Le Macina se situe dans le delta intérieur du Niger, c’est une zone aux énormes potentialités touristiques, halieutiques et agro pastorales. La région comprend près de 15 lacs et un cadre exceptionnel, classé d’importance internationale, pour son environnement.

Lieu stratégique par excellence, il était jadis l’endroit rêvé des fonctionnaires maliens, grâce entre autres, à l’abondance des produits alimentaires.

La pêche et l’élevage y étaient de véritables institutions. De grandes familles assumaient la responsabilité des différents sites de production, grâce à un intelligent consensus.

Mais hélas, plus de 20 ans, d’exacerbation de la corruption et d’absence de stratégie de développement, ont eu raison du « poumon économique » du Mali. La prédation de l’Etat fut souvent dénoncée et la frustration des populations n’a cessé d’augmenter. Une institutrice de la région explique par exemple que par manque de confiance en l’Etat, elle a dû renoncer à près de 15 ans d’épargne, détourné par un maire. Elle voulait s’offrir une parcelle, après 20 ans de vie en location. Elle ajouta que lorsque les terroristes sont arrivés avec un discours hostile à l’Etat, certains de ses proches, n’ont pas hésité à les rejoindre, par vengeance vis-à-vis des agents de l’Etat.

Il faut reconnaître que les hommes de Kouffa avaient bonne presse à certains endroits. Lors de la transhumance, des éléveurs, ne cachaient pas leur préférence pour les djihadistes à la place des agents de l’Etat malien, qualifiés de voleurs.

En décembre 2017, le maire de Sougoulbé (localité située dans le cercle de Tenenkou, dans la région de Mopti) a été jugé et condamné par les djihadistes à payer 1. 900 000 fcfa (3000 euros), à un citoyen qui avait porté plainte auprès des d’eux au lieu de l’Etat. Le maire eut deux jours pour payer la somme. Le discrédit de l’Etat est total.

L’absence de perspectives, aggrave d’avantage la crise, poussant des milliers de jeunes à quitter la région ou à rejoindre les mouvements armés.

L’Etat malien doit travailler au retour d’une administration exemplaire et crédible. En mars 2018, L’ONU, avait recensé plus de 500 fermées pour cause d’insécurité et le selon les autorités maliennes, 5.2 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire.

Gérer la situation

Hamadoun Kouffa, avait changé stratégie dans le centre du Mali, il voulait rallier à sa cause, tous les peuls de la région sahélienne. Sa tactique fut orientée progressivement vers la « doctrine Boko Haram » à savoir, l’interdiction de l’enseignement occidental. Il avait rapidement compris la nécessité d’avoir les populations locales à ses côtés.

La gestion de la situation est délicate, il est important de commencer à sensibiliser les populations locales et à leur apporter des réponses immédiates.

Les djihadistes ne sont pas les seuls terroristes dans la zone, de nombreux groupes d’auto-défense et des mouvements spontanés de jeunes, ont également pour mode d’action, l’utilisation de la terreur.

Le désarmement et le maillage sécuritaire et juridictionnel de la région doivent être menés de manière sérieuse et avec l’implication des populations ainsi que celle de tous les acteurs politico-traditionnels.

L’Etat doit orienter une grande partie de ses investissements vers le centre, car c’est une zone d’équilibre, la relance de l’économie pourrait partir de là.

Depuis 6 ans ce sont plus de 20 milliards d’euros (en moyenne, 3,5 milliards par an)[1] qui ont été investis par tous les acteurs engagés au Mali pour sa stabilisation. Malgré cela, l’Etat malien ne cesse de creuser son déficit qui atteint cette année environ 500 millions d’euros.

La mauvaise gestion coûte chaque année, plusieurs milliards de FCFA à l’Etat malien. Il faudrait un sérieux budgétaire pour mieux envisager le développement, seule solution pour une stabilisation durable.

La succession de tous les dangers

Il sera très difficile pour les djihadistes du GSIM de trouver un successeur aussi légitime que Hamadoun Kouffa. Ce dernier connaissait la zone, il y avait forgé des relations depuis plusieurs années grâce à son passé de prêcheur. Né dans la région de Tombouctou, il concentra rapidement ces activités dans le delta intérieur du Niger et y compte de nombreux soutiens.

Son successeur n’aura sans doute pas les mêmes réseaux, ni le même passé, celui-ci choisira probablement la radicalisation et la terreur pour imposer son autorité.

Cette radicalisation pourrait ainsi rejoindre la stratégie déjà mise en œuvre à savoir, l’expression d’une hostilité envers l’enseignement occidental.. Le chiffre de 1200 victimes avancé, par la FIDH, pourrait vite être dépassé.

La responsabilité, de l’Etat malien, est grande, il doit à présent agir avec plus de réalisme.

La satisfaction née des différents évènements, comme la signature de l’accord de paix en 2015, est tempérée par l’absence de résultats véritables.

Une reprise en main de la situation par les autorités maliennes est souhaitable, les réformes annoncées comme, celle de l’armée ne sont pas visibles, la relance économique est en panne, les inégalités ne cessent de se creuser, la situation des réfugiés composés majoritairement de femmes et de jeunes (76%) reste précaire et très incertaine.

 

 

[1] MINUSMA : 1Mds, Barkhane 500 millions, Gvt du Mali : 1Mds, PTF 500 millions etc…AFD, USAID, financements bilatélaraux, diaspora…

 

 Boubacar TRAORÉ
Consultant Senior / Conseiller Stratégique
Directeur Groupe Afriglob Conseil